#Juin 2019 : Pédagogie Immersive

Présentation des participants
  • Valérie Renaudin, Maître de conférences à l’Université Paris-Dauphine et responsable du Master 2 Distribution et Relation client

  • Alain Goudey, Directeur de la Transformation Digitale à NEOMA Business School

  • Baptiste Cléret, Maître de Conférences en Marketing à l’IAE de Rouen." data-share-imageurl="">

Approfondissement pédagogique

Photo_DhouhaELAMRI.jpg

Tribune coordonnée par Dhouha El Amri, Enseignante-chercheure en Marketing à l’ICD International Business School, Paris et responsable des tribunes de l’afm.

A l’occasion de la naissance d’un nouveau rendez-vous autour de la pédagogie lors des dernières rencontres d’automne de l’afm,  nous avons décidé d’innover en proposant une tribune dédiée aux différentes innovations pédagogiques immersives présentées lors la table ronde à savoir : l’immersion dans l'écosystème professionnel, l’immersion virtuelle et l’immersion expérientielle. La table ronde a été animée par Lydiane Nabec, Professeure de marketing à l’Université Paris-Sud.

Présentation des participants

  • Valérie Renaudin, Maître de conférences à l’Université Paris-Dauphine et responsable du Master 2 Distribution et Relation client

  • Alain Goudey, Directeur de la Transformation Digitale à NEOMA Business School

  • Baptiste Cléret, Maître de Conférences en Marketing à l’IAE de Rouen.

Force est de constater qu’une transformation pédagogique active s’appuyant sur le numérique est nécessaire surtout que nous avons de nouveaux publics, une génération de plus en plus connectée, très hétérogène suivant des formations initiales, continues, etc. Nous avons également de nouveaux espaces d’enseignement, en salle de cours mais aussi à l’extérieur, en ligne, etc. Nous avons de nouveaux modes d’apprentissages grâce aux nouvelles technologies qui évoluent et qui transforment non seulement notre société mais aussi l’enseignement. Plusieurs questions se posent dans le cadre de cette transformation pédagogique : Comment gérer l’hétérogénéité des étudiants, des nouveaux contextes et des nouveaux modes d’apprentissage ?

L’objectif de cet atelier est d’échanger entre collègues sur des pratiques pédagogiques immersives nouvelles et innovantes afin de mettre en place des best practices et/ou d’identifier des travers à éviter. Par définition, l’immersion est de se retrouver dans un milieu étranger sans contact direct avec le milieu d’origine. Les témoignages des participants nous éclaireront sur comment implémenter une pédagogie immersive et sortir les étudiants de leur milieu d’origine vers un milieu plus passionnant.

 

Photo_ValerieRENAUDIN.jpg

Améliorer « l’expérience étudiant » par l’immersion (avec bouées) dans (le grand bain de) l’écosystème professionnel

Valérie Renaudin, Maître de conférences à l’Université Paris-Dauphine et responsable du Master 2 Distribution et Relation client

Enseigner la distribution en master marketing, c’est faire face à des étudiants au départ peu enthousiastes ! Mais quand on parle commerce, digitalisation, innovation, humain, et qu’on envoie les étudiants visiter des magasins, analyser, proposer des solutions, a fortiori lorsque les enseignes sont impliquées dans le projet, les a priori tombent et les yeux se mettent à pétiller !

Multiplier les occasions de contact au maximum entre étudiants et entreprises présente de nombreux avantages :

  • Éviter l’ennui en cours pour les étudiants comme pour l’enseignant
  • Susciter une mobilisation souvent incroyable des étudiants sur des projets en relation avec l’entreprise
  • Les entreprises sont très intéressées par le regard de nos étudiants « millenials » qui peuvent les aider à prendre du recul par rapport à leurs contraintes quotidiennes et à construire les stratégies de demain.

 

Pour que les collaborations soient réussies, il faut :

  • Bien expliquer aux étudiants en amont que l’entreprise s’implique et qu’elle ne « profite » pas simplement de leurs idées : chacun s’enrichit de l’autre.
  • Consacrer beaucoup de temps pour encadrer ces projets… sinon, il n’y a pas de réel apprentissage
  • Que les enseignants et entreprises apportent un feedback nourri, à la hauteur de l’implication des étudiants. C’est cela la récompense plus que la note !

Travailler ainsi prend plus de temps que de préparer des cours classiques mais…

  • L’étudiant est actif dans l’acquisition de connaissances et c’est plus efficace
  • L’enseignant est en formation continue permanente
  • Les rencontres avec l’entreprise peuvent donner lieu à des externalités positives en termes de recherche !
  • Il y a beaucoup de plaisir et de la fierté à la clé.

 

 

Photo_AlainGOUDEY.jpg

Rendre l’éducation expérientielle : de l’intérêt de la réalité virtuelle

Alain Goudey, Directeur de la Transformation Digitale,

 NEOMA Business School

L’éducation doit évoluer car le monde a changé. Voici selon nous quatre points clés à l’origine de ce besoin de modernité de la pédagogie.

Tout d’abord, le monde a changé et continue d’évoluer sous l’impulsion des technologies : une vague assez unique de transformation impacte l’activité des entreprises, dans tous les secteurs, pour tous les métiers, partout sur la planète.

Avec elle pointe ce que nous appelons l’« effet Kodak » qui impacte tout le monde. L’« effet Kodak » c’est le fait d’être performant technologiquement (les premiers brevets autour de l’appareil photo numérique sont déposés par Kodak), économiquement (l’entreprise était leader mondial de la photographie argentique), de voir venir la révolution numérique (les études stratégiques avaient prévenu le top management avec justesse) et… de ne pas réussir à s’y adapter (Kodak est absent de la photographie grand public d’aujourd’hui). Cet « effet Kodak » est exactement ce que nos étudiants actuels devront gérer dans leur trajectoire professionnelle future.

Dans le même temps, nous vivons sous une ère exponentielle d’abondance des outils (voir par exemple les courbes exponentielles d’applications disponibles sur les magasins d’applications d’Apple ou de Google), d’abondance des contenus (voir les courbes exponentielles de la quantité de vidéo disponible sur YouTube par exemple), ou encore d’abondance des contacts (voir les courbes des grandes plateformes de réseaux sociaux) ! Nos étudiants peuvent ainsi finalement se former sans le pédagogue, online, pour peu qu’ils aient la capacité à repérer les bons outils, les bons contenus et les bonnes personnes qui peuvent les accompagner : tout est accessible 24h/24h, 7j/7, dans la poche à travers le smartphone !

Enfin, l’utilisation massive du numérique implique notamment que l’attention humaine diminue de manière importante au point d’arriver à une capacité de l’ordre de 8 secondes par minute, seulement. Pour une journée de cours, cela représente seulement 45 minutes d’écoute attentive de l’étudiant… De plus les étudiants ne sont pas synchronisés les uns avec les autres ! Ce phénomène implique que le pédagogue doit aujourd’hui déployer de nombreuses techniques d’animation pour « rendre son cours vivant ».

C’est en partant de ce constat que nous avons choisi de développer l’apprentissage expérientiel à NEOMA Business School. L’apprentissage expérientiel peut se dérouler par l’expérience en stage, ou encore dans la vie associative. Cependant dans ces cas, il y a toujours un temps long entre l’expérience, la prise de recul sur l’expérience et sa présentation au pédagogue lors d’une soutenance ou d’un mémoire. La réalité virtuelle permet d’appréhender la création d’expérience directement dans la salle de classe.

Photo_PedagoImmersive2.jpg

La réalité virtuelle, technologie de l’apprentissage expérientiel

La technologie de réalité virtuelle permet de créer une immersion soit dans un monde reconstitué qui peut être du coup imaginaire (modèles 3D créés numériquement) soit dans une réplication photoréaliste d’un lieu existant (approche par photo et vidéo 360°).

A NEOMA Business School, nous utilisons cette dernière technologie pour permettre à nos étudiants, avec leur smartphone et une application développée ad hoc, de chausser un casque de réalité virtuelle passif afin de partir en immersion, directement depuis la salle de classe. Le premier cas en réalité virtuelle a été développé en marketing autour du magasin 6netic et lancé en septembre 2016. Il a depuis utilisé par plus de 2000 étudiants de l’école et a recueilli de nombreux prix nationaux et internationaux (notamment titré « Innovation that inspires » par l’AACSB en 2018).

Le cas aujourd’hui est joué en deux modes : 1h30 ou 3h. La version en 1h30 permet de faire de la pédagogie expérientielle autour de ce qu’est un magasin et la distribution de centre-ville dans le cadre d’un cours de marketing fondamental en L3 par exemple. L’étudiant visite alors le magasin de fond en comble et y découvre la manière dont les personnes y travaillent au quotidien. La version 1h30 permet aussi de faire découvrir la technologie de réalité virtuelle en elle-même, en étant au contact direct de celle-ci. Dans un cas comme dans l’autre, l’immersion va plutôt servir à l’échange en classe.

La version en 3h place l’étudiant à la tête de ce magasin qu’il visite pour la première fois. Il doit alors non seulement visiter virtuellement le magasin et écouter l’équipe présenter le magasin, mais aussi procéder à une observation attentive, puis une analyse critique de ce qu’il observe. Ensuite il se place en force de proposition à l’intérieur d’un groupe. Cette version est plutôt jouée en M1, M2 ou MS/MBA. Elle permet de développer des compétences clés autour du diagnostic critique individuel, de la formulation de consensus en groupe, d’idéation pour améliorer le point de vente et son marketing. Ces compétences font partie de celles attendues par les entreprises en 2020 selon le Forum Mondial de l’Economie.

Dans un cas comme dans l’autre les étudiants partent en immersion aussi simplement qu’en chaussant leur casque VR, permettant ainsi des cycles courts entre la théorie et la pratique en action. On passe ainsi aisément de la connaissance à la compétence dans l’action.

 

La réalité virtuelle, technologie au service de l’expérience d’apprentissage

La technologie de réalité virtuelle permet de supprimer la routine d’apprentissage car les étudiants découvrent une manière d’apprendre complètement nouvelle. C’est encore globalement très nouveau et génère un effet waouh très fort dès le premier contact. Ainsi si la porte de la salle de classe n’est pas fermée les autres étudiants s’arrêtent, regardent et demandent systématiquement quel est ce cours ! 

L’engagement de l’apprenant est également très élevé puisqu’il est pris dans une expérience d’apprentissage sensorielle et physiologique grâce à l’immersion. On donne à voir au cerveau des situations d’entreprise. Ainsi, l’apprenant vit des situations managériales nouvelles directement dans la salle de classe, « comme s’il y était ». Cela permet par exemple d’avoir une approche systémique dans l’étude de cas : l’étudiant n’est pas particulièrement guidé, il visite le lieu comme il le souhaite. Il est acteur de la découverte du cas et de sa résolution par sa capacité d’observation des situations dans lesquelles il est immergé.

La pédagogie expérientielle supportée par la technologie de réalité virtuelle permet à la théorie et à la pratique de dialoguer en cycles courts dans la salle de classe : le temps en présentiel retrouve ainsi un intérêt particulièrement fort. 

Photo_PedagoImmersive1.jpg

 

 

Photo_BaptisteCLERET.jpg

Atelier Pédagogie par l’immersion expérientielle

Baptiste Cléret, Maître de Conférences en Marketing à l’IAE de Rouen. Ses recherches traitent principalement du marketing culturel et des cultures de consommation à partir de méthodologies ethnographique et vidéographique.

Cette présentation lors du premier atelier pédagogique de l’AFM visait à réaliser un retour d’expérience lors de deux temps pédagogiques mis en place récemment.

En premier lieu, Cerise Thorel, Eric Rémy et moi avons conçu un cours de marketing expérientiel pour des étudiants en Master Marketing, en fondant notre pédagogie sur l’immersion des étudiants dans des phénomènes de consommation.

La première séance avait ainsi pour objectif de mettre les étudiants dans une situation inattendue et extraordinaire : une séance de yoga dans une salle de classe, réaménagée pour l’occasion.

A la suite de cette première séance, les étudiants participaient à des cours à la fois théoriques et méthodologiques (photo, vidéos notamment) afin d’appréhender les fondements du marketing expérientiel mais également d’investiguer eux-mêmes des expériences de consommation. La dernière séance, celle de la restitution des travaux de groupe, était organisée par les étudiants eux-mêmes. Ils avaient à leur disposition une salle de classe à théâtraliser comme ils le souhaitaient. L’objectif était d’organiser un parcours durant lequel les enseignants seraient immergés dans les différents univers traités par les étudiants ; un pub irlandais, une salle de fitness, une enseigne de fast-food, un cinéma et un célèbre parc d’attractions. A la suite de cette dernière séance, chaque groupe s’est vu attribué une note à la fois sur le fond du travail d’analyse fourni mais également sur la forme choisie pour restituer ce travail. Une note de classe était également attribuée afin d’évaluer la cohérence du parcours immersif.

Le deuxième temps pédagogique abordé lors de cet  atelier était fondé sur la valorisation des travaux des étudiants au sein de différents cours, comme par exemple le module de marketing expérientiel présenté précédemment, qui abordent la méthodologie vidéographique comme outil de compréhension des phénomènes de consommation.

A cette fin, plusieurs collègues venant d’Universités françaises (IAE La Réunion, IAE Nancy, IAE Poitiers, IUT Evreux, IAE Rouen) et belge (Université de Namur), mobilisant la vidéographie dans un ou plusieurs de leurs cours, ont décidé de rendre visible les travaux de leurs étudiants en créant le Festival du Film Etudiant sur la Consommation.

Au-delà de mettre en lumière les meilleures productions vidéographiques de nos étudiants, l’objectif de ce festival était également de renforcer le lien entre la pédagogie et la recherche.

Organisée sur une journée, ce festival se structure autour de la projection des différents films étudiants retenus, regroupés par thématiques, et se termine par la remise de prix pour les lauréats (prix du jury, prix coup de cœur, prix de la meilleure réalisation).

La première édition a eu lieu en février 2018 à l’IUT d’Evreux et la deuxième édition, en 2019, à l’IAE de Rouen. Une troisième édition est déjà prévue à Nancy en début d’année 2020. Nous invitons les collègues qui utilisent la vidéo dans leurs enseignements en marketing à nous rejoindre dans cette belle aventure pédagogique.