Faire une thèse par essais ?

Construire et soutenir une thèse par essais, présentation d’exemples et compte-rendu de
témoignages de docteurs

Laurent Bertrandias, Professeur de marketing à la Toulouse Business School, a interrogé quatre docteurs ayant soutenu une thèse par essais au cours des cinq dernières années.

- Mathieu Alemany-Oliver : A realistic interpretivist approach on childlikeness in consumer research : neoteny, play, reality, and the reterritorializing adulthood, IAE d’Aix - Décembre 2015, sous la direction du Pr." data-share-imageurl="">

La thèse par essais en marketing, un nouveau standard ?

Compte rendu du séminaire organisé par Laurent Bertrandias et Gilles Laurent, Vendredi 16 novembre 2018 à l’IAE de Paris

La thèse par essais tend à se normaliser dans certaines disciplines de gestion, mais ne représente qu’une petite part des thèses en marketing soutenues en France. Le format de la thèse par essais présente l’intérêt d’installer précocement une culture de la publication chez le doctorant : il doit rédiger une thèse dans la perspective de soumettre à des revues les essais qui la composent, moyennant des ajustements plus ou moins importants. Dans un environnement académique dans lequel l’exigence de publier se renforce, ne serait-ce qu’au stade du recrutement, ce format peut intéresser les directeurs de recherche. L’objectif de cette journée était de présenter ce format de thèse, de le situer dans un environnement international et d’envisager ses écueils et difficultés.

Construire et soutenir une thèse par essais, présentation d’exemples et compte-rendu de
témoignages de docteurs

Laurent Bertrandias, Professeur de marketing à la Toulouse Business School, a interrogé quatre docteurs ayant soutenu une thèse par essais au cours des cinq dernières années.

- Mathieu Alemany-Oliver : A realistic interpretivist approach on childlikeness in consumer research : neoteny, play, reality, and the reterritorializing adulthood, IAE d’Aix - Décembre 2015, sous la direction du Pr. Elyette Roux
- Anthony Beudaert : Vers une meilleure compréhension du vécu du consommateur en situation de handicap sensoriel, Univ. Lille 2 - Juin 2018, sous la direction du Pr. Nil Ozcaglar-Toulouse
- Gauthier Casteran : An empirical investigation of antecedents of brand loyalty : the role of product category, marketing mix and consumer related characteristics in the light of niche brands proliferation, Univ. Toulouse 1 - Décembre 2016, sous la direction des Pr. Lars Meyer-Waarden et Polymeros Chrysochou
- Anthony Galluzzo : Interprétations collectives et mythifications dans les communautés de fans de stars musicales, Univ. Toulouse 1 - Novembre 2013, sous la direction des Pr. Jean-Philippe Galan et Eric Vernette

L’implication du ou des Directeurs de recherche est parfois jugée plus importante que pour une thèse monographique, en particulier lorsque le Directeur de recherche cherche à transmettre les bonnes pratiques en matière de rédaction et s’implique dans l’écriture de l’article tiré de l’essai. Les exigences n’étant pas les mêmes, l’intervention des Directeurs de recherche prend dans tous les cas une forme particulière tournée vers le conseil sur la valorisation potentielle des essais.La présentation fait ressortir des éléments saillants concernant les explications/motivations au choix de ce format de thèse, le vécu de la thèse, les difficultés rencontrées et les avantages perçus par les docteurs.
Il ressort que le choix de la thèse par essais est une décision pragmatique. Il peut s’agit de capitaliser sur un article déjà écrit et publié qui va donner un cadre à la thèse et permettre de gagner du temps ou d’un moyen de structurer la thèse. Ce format permet notamment de couvrir un sujet nouveau sous des angles très différents, via des cadres théoriques et des méthodologies distinctes. Les Directeurs de recherche sont parfois moteurs, en particulier lorsqu’ils sont convaincus que c’est un accélérateur de publication. Le contact avec des doctorants travaillant sous ce format et l’exposition internationale
sont des facteurs facilitants. Il est intéressant de noter que ce choix de structuration peut intervenir relativement tard dans le processus de thèse.

Les docteurs évoquent un gain d’efficacité. Tous ont soutenu en moins de quatre ans. Les arguments sont les suivants :

- La thèse est plus rythmée, les soumissions, les retours des reviewers, les révisions sont aussi un moyen de dynamiser le travail,
- L’article ayant un format plus court, un objectif qui parait plus accessible et plus tangible.
- La structuration par essai évite des réflexions interminables sur la structuration de la thèse : on fait, on organise après.

Loin de l’imaginaire sur les thèses par articles, tout n’est pas décidé à l’avance. La thèse se construit au fil des idées et/ou des opportunités (un call for papers, un terrain, une proposition de collaboration…).

Au rang des difficultés, l’élément commun est qu’il s’agit de faire une thèse et non de « compiler des réussites » comme le souligne Anthony Beudaert. La question du fil conducteur, de la cohérence d’ensemble est une préoccupation constante. Il faut savoir résister à la tentation de se disperser en écrivant des articles périphériques à la thèse. Mathieu Alemany évoque aussi l’idée qu’un essai n’est pas forcément publiable en tant que tel, qu’il peut réclamer beaucoup d’efforts supplémentaires. Enfin, le risque est qu’en se concentrant sur plusieurs terrains, plusieurs sujets, le temps dédié à
l’acquisition d’une culture sur son sujet soit sacrifié.

L’écriture de la thèse est aussi plus exigeante, elle impose de travailler constamment sur la densité du propos, comment dire mieux et en moins de page ? Le travail de thèse dans son ensemble est intense et sans temps mort : on mène plusieurs projets de front, on écrit en permanence…

En revanche, tous reconnaissent que l’expérience est très professionnalisante et permet de se préparer au métier qu’ils exerceront demain : la thèse par essais apprend à écrire notamment en anglais, à gérer un processus de révision, notamment au plan psychologique. Dans la perspective du recrutement, tous suggèrent aussi que la thèse sur essais permet de se signaler comme un chercheur publiant, voire, quand les articles sont soumis, comme des « réservoirs » d’articles. Au final néanmoins, les expériences et les discours sont très variés. Il serait utile d’interroger d’autres docteurs pour vraiment appréhender la diversité des expériences. Le sujet, l’épistémologie, les méthodologies ne conditionnent pas le choix du format de thèse comme cela aurait pu être attendu.

Pour plus de précisions, vous pouvez télécharger la présentation de Laurent Bertrandias ci-dessous.

 

Différences de structure entre une thèse par essais et une thèse classique : comparaison
internationale

Pierre Chandon, Professeur de marketing à l’INSEAD, présente les grandes différences entre une thèse par essais et une thèse monographique, en s’appuyant sur les pratiques en usage dans les universités américaines. Une différence essentielle tient à l’idée que les thèses monographiques cherchent à faire le tour d’un problème là où les thèses sur essais sont fondées sur une logique réductionniste : la problématique de recherche d’un article doit être précise et simple, il s’agit de tester une idée originale à travers deux ou trois hypothèses, pas davantage. En combinant plusieurs problématiques étroites, on contribue à une meilleure compréhension d’un phénomène plus global.

La revue de littérature n’est en aucun cas un état de l’art. Les articles cités sont ceux qui sont directement pertinents pour la recherche et utiles à la démonstration. Cela n’empêche pas de rédiger en parallèle un état de l’art, mais avec la perspective de le publier. Cet état de l’art peut d’ailleurs devenir un essai de la thèse.

Pierre Chandon fait aussi un certain nombre de recommandations :

- Privilégier la qualité à la quantité : un recrutement se joue souvent sur la présentation d’un article. Autant qu’il soit le meilleur possible.
- Il n’est pas forcément nécessaire de publier tout seul mais cela peut représenter un plus. Dans tous les cas, il est important de publier avec différents coauteurs, y-compris des doctorants, pas seulement avec le(les) Directeur(s) de recherche.
- Attention à ne pas faire la thèse trop vite. Les thèses sont jugées sur le résultat et le nombre d’année passées en thèse, s’il est raisonnable, n’est pas sanctionné.
- Faire un « prédoctorat » pour développer sa culture et son recul est une excellente idée
- Ne pas s’engager trop vite dans plusieurs essais, les bonnes idées et les opportunités viennent souvent en cours de thèse ;
- Un bon sujet, une bonne thèse, c’est lorsque les comportements des acteurs (consommateurs, entreprises, pouvoirs publics) devraient changer après la lecture de l’article.
- Donner les principaux résultats dans l’abstract, privilégier des titres explicites d’une vingtaine de mots (incluant par exemple la variable dépendante et le facteur explicatif étudié).

Il ressort néanmoins que le modèle de thèse à l’américaine reste éloigné des attentes usuelles associées au doctorat français. La thèse aux Etats-Unis est focalisée sur les essais, l’introduction générale, la conclusion peuvent être courtes et dans tous les cas ne sont pas essentielles. Il existe un liant, un trait commun mais il est n’est pas utile de consacrer un chapitre pour l’expliquer.

Pour plus de précisions, vous pouvez télécharger la présentation de Pierre Chandon ci-dessous.

 

Diriger une thèse par essais

Interrogé par Gilles Laurent, Marc Vanhuele, Professeur de marketing à HEC, évoque son expérience de Directeur de recherche. La thèse par essais représente une norme à HEC.

Il souligne que la position du Directeur se situe entre deux extrêmes, la position de l’évaluateur, de celui qui sélectionne et celle consistant à voir le doctorant comme un collègue chercheur qui aura un impact sur sa propre carrière. C’est certainement vers la seconde position qu’il faut évoluer même s’il convient de garder une forme de distance.

D’après Marc Vanhuele, c’est au futur doctorant de choisir son sujet et de convaincre un directeur de recherche dont les thèmes sont compatibles de l’intérêt de ce sujet.

La remise régulière d’écrits est la base de l’encadrement. Chaque réunion doit être fondée sur un écrit. C’est essentiel pour les thèses sur essais dans la mesure où il faut avancer vite. C’est souvent le seul moyen fiable d’identifier les éventuelles lacunes dans le raisonnement et les points de blocage.

De même, il est important que le doctorant fasse la liste des articles qu’il a lus. Tous ne seront pas utilisés au final mais cet exercice est essentiel pour vérifier que le doctorant n’est pas passé à côté d’une contribution essentielle. Là encore, le doctorant peut saisir l’opportunité de ces lectures pour rédiger un état de l’art publiable. Il est essentiel que le doctorant sache développer un sens critique sur les travaux publiés pour progresser.

La cosignature n’est en aucun cas un droit lié au statut de directeur de thèse. Si l’article qui résulte de l’essai est cosigné, cela doit se faire de façon transparente. De façon générale, au moins un article ne doit pas être cosigné par le directeur de thèse.

La réflexion sur un fil conducteur est essentielle. Les essais doivent se compléter et la façon dont ils se répondent doit être expliquée. Une grande difficulté des thèses par essais est de proposer des articles qui tout en étant complémentaires sont sans ambiguïté indépendants les uns des autres. Ce travail de positionnement des articles est délicat mais essentiel.

L’expérience d’une autre discipline : La thèse par essais en Finance

Joel Petey, Professeur de finance à l’université de Strasbourg, explique que ce format est largement dominant dans les thèses de Finance. La montée en puissance des thèses par essais est le corollaire du rôle central qu’occupent les articles publiés dans les revues à comité de lecture dans la production et la diffusion des connaissances, mais également l’évaluation des chercheurs. Dès lors que l’article devient le format privilégié de la production scientifique, il n’est pas surprenant que certaines institutions ou disciplines accordent une place importante, voire prépondérante à ce format dans la formation et la production doctorales. L’émergence de ce standard en France peut s’expliquer par trois raisons principales :

- l’exposition internationale des chercheurs en finance qui a facilité l’importation de cette pratique,
- la volonté d’internationaliser la recherche qui a incité à se conformer aux standards internationaux et
- la montée en puissance de la finance empirique qui se prête particulièrement bien à la réalisation de thèses sur travaux.

Ce format est intéressant car il favorise l’apprentissage des doctorants. Par exemple, le premier essai peut étudier une problématique simple, comme une comparaison internationale. Il permet de se familiariser précocement au jugement des pairs.

Un élément crucial de la thèse par essais concerne la gestion du calendrier. Pour qu’un article ait une chance d’être publié à la soutenance de thèse et donc au moment où le dossier de qualification est envoyé au CNU, il ne peut être soumis plus de deux ans après le début de la thèse, ce qui peut être très difficile.

En finance, le format standard combine trois essais rédigés en anglais, un chapitre introductif et une conclusion rédigés en français.

Un schéma type de co autorat :
- un essai écrit seul,
- un essai coécrit avec le directeur de recherche,
- un essai coécrit avec un chercheur étranger.

L’idée est de ne pas créer d’ambigüité sur le fait que la thèse est avant tout une contribution individuelle.

L’expérience d’un autre pays : la thèse par essais en Suisse

Felicitas Morhart, Professeure de marketing à HEC Lausanne présente le format de thèse sur essais en Suisse en expliquant qu’il existe des variations sensibles selon les cultures des universités. En particulier, elle présente le cas de l’université St Gallen, qui est très orientée vers l’entreprise. Dans cette université, les doctorants internes (c’est-à-dire rémunérés par l’université) assistent les professeurs dans leurs enseignements, leurs prestations de conseil aux entreprises et leurs projets de recherche avec les entreprises. Néanmoins, certains doctorants dits « externes » font leur thèse en complément de leur activité professionnelle. Le doctorat est valorisé dans les entreprises.

Trois formats de thèse sont possibles, la monographie en forte perte de vitesse et qui ne conduit quasiment jamais à des carrières académiques, la thèse par essais composés de trois articles publiables et un dernier format combinant trois essais mais qui forment au final un article à soumettre dans une revue A+ comme le Journal of Marketing. En pratique, les thèses peuvent conduire à des carrières différentes. La thèse peut conduire à des postes plutôt profilés enseignement, auquel cas la production attendue est typiquement formée de deux publications dans des revues moyennes ou profilés recherche. Dans ce dernier cas l’enjeu est d’extraire une à deux publications pour des revues rang 1.

A l’université de Lausanne, le système est différent. Tous les doctorants sont rémunérés par l’université avec un service qui donne la priorité à la recherche. Ils exercent néanmoins des activités d’assistants pédagogiques et peuvent enseigner, de façon marginale et en 3ème année.

La thèse par essais, composée de trois articles publiables, est la seule option. Les essais doivent être liés entre eux mais le lien se situe parfois à un niveau très général, par exemple, trois essais sur la consommation collaborative. Un article au moins doit être écrit seul. Toutes les thèses ont vocation à former des académiques, la socialisation en conférences est très encouragée et l’objectif est d’extraire un article rang 1 au moins de chaque travail doctoral. Pour autant, on observe des différences dans les performances des doctorants, certains allant très au-delà de cet objectif en publiant en complément des articles dans des revues moins prestigieuses.

Le système installé à Lausanne est plutôt efficace. La collaboration avec le directeur de recherche est étroite et gagnante-gagnante. Elle se traduit par d’excellent niveau d’insertion et de titularisation. Le format systématique en trois essais est clairement un facteur positif pour publier. Enfin les doctorants sont vivement encouragés à nouer une collaboration avec un chercheur américain de premier plan, ce qui contribue à étendre le réseau du directeur de recherche.

Néanmoins, comme les doctorants dépendent du financement des professeurs, il existe une ambiguïté. Le financeur doit-il être coauteur ? Globalement la définition du degré de contribution raisonnable du Directeur de thèse n’est pas claire, de même que celle du degré de contribution acceptable du doctorant à la titularisation de son superviseur. La supervision peut aussi conduire à la situation paradoxale où le Directeur de thèse travaille davantage pour le doctorant que le doctorant ne travaille pour lui. L’autre point concerne les travaux parallèles du doctorant dans une situation où il dépend financièrement de son directeur de recherche.

Pour plus de précisions, vous pouvez télécharger la présentation de Felicitas Morhart ci-dessous.

 

L’institutionnalisation de la thèse par essais en France : le point de vue du CNU

Véronique Des Garets, Professeure à l’Université de Tours et Présidente de la section 6 du CNU intervient à distance en répondant à des questions de Laurent Bertrandias puis de la salle.

La Professeure Des Garets souligne que le CNU ne peut tenir pour l’instant de statistiques précises sur la part des thèses sur essais dans le total des dossiers soumis au CNU. Néanmoins, elle confirme que c’est un format très majoritaire en Finance, relativement développé en Comptabilité-Contrôle mais nettement minoritaire dans les autres disciplines, notamment en Marketing. Elle relève néanmoins une augmentation des dossiers sous ce format dans cette discipline.

Véronique Des Garets insiste sur le fait que les thèses sur essais ne font l’objet d’aucun ostracisme de la part du CNU. Elles sont évaluées selon le même niveau d’exigence que les thèses monographiques, sur leur contenu, mais elles doivent éviter certains écueils. Pour résumer l’idée en une phrase : une thèse sur essais n’est pas une validation des acquis en matière de recherche, il ne suffit donc pas d’avoir écrit des articles pour avoir une thèse. Sont ainsi attendues :

- un véritable fil directeur entre les différents essais,
- une longue introduction qui met en perspective le questionnement de recherche par rapport à la littérature existante, le positionnement scientifique du travail et les liens entre les différents travaux,
- une véritable conclusion qui met en avant les contributions de la thèse en revenant sur la complémentarité entre les travaux et qui souligne en particulier les implications managériales de la recherche.

De plus, la thèse sur essais est naturellement associée à l’attente d’une valorisation des travaux par des publications au cours de la thèse. S’il n’est pas rédhibitoire qu’aucun article ne soit encore publié, c’est tout de même un facteur qui est pris en compte dans l’évaluation de l’article. Compte tenu des délais de publication dans les très bonnes revues, il peut arriver que des articles soient soumis et dans le processus de révision. C’est acceptable si le doctorant a déjà communiqué sur ses travaux dans des conférences exigeantes.

Les enjeux déontologiques posés par les thèses et leur valorisation par des publications

En conclusion de la journée, Hubert Gatignon, Professeur de marketing émérite à l’INSEAD, présente une réflexion sur « Les Enjeux Déontologiques Posés par les Thèses et leur Valorisation par des Publications », ces enjeux étant plus immédiats pour les thèses sur essais qui sont construites pour une valorisation plus rapide des travaux par la publication.

La thèse n’est pas considérée comme une « publication » et ne peut empêcher la soumission d’articles par son auteur reprenant des parties de cette thèse. La notion d’auto-plagiat n’est donc pas applicable à la thèse. En revanche, toute reprise de texte d’une thèse soutenue par d’autres auteurs sans la citer est considérée comme plagiat.

Cette règle simple devient néanmoins plus complexe dans son interprétation avec les thèses sur essais. La thèse est présentée comme oeuvre originale scientifique du candidat qui défend sa thèse devant un jury et c’est ce jury qui évalue l’originalité et la contribution. L’utilisation d’articles/essais déjà publiés repris comme chapitre dans une thèse n’empêche pas l’évaluation de la contribution de l’auteur de la thèse dans la mesure où le doctorant en est le seul auteur. Mais si tous les chapitres sont co-signés, l’identification de la contribution de l’auteur de la thèse est plus difficile, voire impossible.

La thèse sur essais pose mécaniquement des questions sur le plagiat. La reprise d’un texte publié avec des co-auteurs comme essai/chapitre de thèse pourrait ne plus être considérée comme une contribution originale de l’auteur de la thèse, mais surtout pourrait être considérée comme plagiat (ou auto-plagiat) puisque déjà publié, ce quel que soit le type de publication. Naturellement, un chapitre co-signé par plusieurs doctorants ne peut apparaître dans plus d’une thèse. Enfin, le directeur de thèse ne peut être co-auteur d’une thèse ou d’une partie de la thèse dont l’auteur est le doctorant, puisqu’il
serait alors juge et partie.

En conclusion, une thèse n’est pas une oeuvre collective. Les contributions originales de son auteur doivent être démontrées. Ainsi, de préférence, les essais ne devraient pas être publiés avant la soutenance, en particulier en présence de co-auteurs !

Cela entre en contradiction avec des exigences exprimées notamment par le CNU de sorte qu’a minima, il est préférable que le doctorant utilise la version initiale avec une note de bas de page mentionnant l’existence de versions plus élaborées listant co-auteurs et éventuellement la citation de l’article publié. Cela réduit en particulier le risque de plagiat. Par ailleurs, l’auteur de la thèse devrait logiquement apparaître comme premier auteur de ces essais.

Enfin, le directeur de thèse n’a aucun droit à être co-auteur du travail de ses doctorants. La thèse est le travail de son auteur et ne peut être co-signée, même en partie par le directeur de thèse. C’est bien le passage de l’écriture d’une thèse à celle d’article qui peut justifier la co-signature mais le directeur de thèse ne peut utiliser de pressions auprès de ses doctorants pour être co-auteur. La déontologie veut qu’il apporte également une contribution significative à cette transformation.

Pour plus de précisions, vous pouvez télécharger la présentation d'Hubert Gatignon ci-dessous.