#Novembre 2018 : Point de vue de managers - Franck BILLEAU

Les consommateurs à la marge des marchés : Points de vue de managers

Franck Billeau, Fondateur en 2014 de l’association « réseau ECO HABITAT », une solution pour permettre à des familles très modestes de sortir de la précarité énergétique.

Après une formation dans le secteur du bâtiment, (BTS Électrotechnique), il s’est engagé au Secours Catholique. Salarié pendant 15 ans, il a été Directeur Départemental de l’Oise, puis Directeur Régional pour les Hauts-de-France.

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Les consommateurs à la marge des marchés : Points de vue de managers

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Franck Billeau, Fondateur en 2014 de l’association « réseau ECO HABITAT », une solution pour permettre à des familles très modestes de sortir de la précarité énergétique.

Après une formation dans le secteur du bâtiment, (BTS Électrotechnique), il s’est engagé au Secours Catholique. Salarié pendant 15 ans, il a été Directeur Départemental de l’Oise, puis Directeur Régional pour les Hauts-de-France.

Réseau ECO HABITAT : Vulnérabilité et précarité.

Réseau Eco Habitat (REH) a été créée en 2014 dans le sillage du Secours Catholique, pour accompagner les ménages en « précarité énergétique » dans le montage et la réalisation de travaux de rénovation « énergétiquement performants » de leur habitation. Avec un objectif : chercher à transformer l'aide financière apportée traditionnellement aux ménages par des associations caritatives ou les services sociaux des collectivités (aide qui sert à prendre en charge tout ou partie des impayés auprès des fournisseurs d'énergie) en investissement et en projet structurant pour les familles.

Trois années d'expérimentation (2015-2018) sur le territoire picard ont montré, par la nature et le nombre des opérations réalisées, que cette voie est prometteuse, notamment par les mécanismes d'innovation sociale qu'elle suscite, mais qu'elle nécessite, pour son développement, de diversifier les partenariats et accroître les financements à mobiliser. En effet, les familles rejointes par la démarche relèvent de ce qu'il est convenu d'appeler un public « très social ».

Une expérimentation féconde s'appuyant sur une communauté d'acteurs

Avec des moyens humains limités (5 salariés), REH a engagé 29 opérations de réhabilitation durant les trois années, et en a préparé près de 60 pour des réalisations en 2019-2020. Le coût moyen de ces opérations est de 33.000 €, très sensiblement supérieur à la moyenne des travaux accompagnés par l'ANAH (18 000 €) : ce surcoût s'explique par le caractère très dégradé des habitations réhabilitées, et (pour une faible partie) par la nature des matériaux utilisés (matériaux bio-sourcés, avec la recherche de fabrications locales, soutenue par des partenaires tels que Leroy Merlin).

La méthode de travail s'est appuyée sur la mise en réseau d'une communauté d'acteurs :

  • Des bénévoles – pour leur plus grande part, issus du Secours Catholique – accompagnent les opérations, de la détection jusqu'au suivi du résultat, en passant par le suivi des travaux : cet élément constitue le lien de confiance essentiel pour les ménages aidés. C'est ainsi que 90 équipes du SC ont été mobilisées en Picardie, au travers notamment de sessions de formation.
  • Un conseil d'administration « pluriculturel », composé de professionnels du bâtiment, de militants associatifs, de spécialistes du logement, ou de personnes ayant une expérience administrative, permet de développer des regards croisés sur les enjeux sociaux, énergétiques et environnementaux.
  • Des financeurs publics et privés (associations et fondations) ont permis de couvrir le coût des travaux (ANAH, Picardie Pass Rénovation, Secours Catholique, caisses de Retraite) et les dépenses de fonctionnement (Ademe, Conseil Régional, Fondation « la France s'engage » ...)
  • Des entreprises artisanales se sont engagées, malgré les difficultés liées à la nature technique des opérations, aux conditions de leur mise en œuvre et aux incertitudes quant au financement. De même des fournisseurs, sensibles à la démarche, ont accepté de laisser une part de leurs marges pour faciliter le bouclage d'opérations (Leroy Merlin notamment).

 

Précarité énergétique, précarité logement, précarité économique, précarité sociale

Le revenu fiscal de référence moyen des ménages accompagnés est de 18 646 € pour une famille de 3 personnes. En comparaison, le barème ANAH pour 3 personnes est de 25 257 €, soit une différence de 47%. Ces chiffres peuvent traduire le fait que les ménages identifiés et accompagnés par le bénévole du Secours Catholique ont une caractéristique socio-économique bien spécifique au regard de la population qui entre habituellement dans les dispositifs de l’ANAH.

En effet, 90 % des ménages accompagnés sont des ménages qui étaient en privation absolue de chauffage, ou vivant avec une température souvent proche de 15 ° en hiver (voir moins).

Par conséquent, les travaux d’amélioration thermique des habitations ne permettent pas toujours de réaliser des économies financières substantielles. Mais d'autres impacts ne sont pas absents de la démarche : en termes sanitaires certes, mais aussi en termes économiques et sociaux. Habiter un logement digne permet de reconquérir « l'estime de soi », et cette « estime de soi » a permis à la moitié des ménages accompagnés en 2016 de retrouver un emploi.

Les étapes franchies permettent aujourd'hui de chercher à développer le dispositif : des demandes d'intervention se multiplient, provenant maintenant de l'ensemble du territoire des Hauts de France.

Ce développement nécessite de respecter les principes et les méthodes d'intervention qui ont été éprouvés, mais aussi d'étendre les partenariats pour élargir la surface financière : le montant des travaux dépassant les plafonds de l'ANAH, des innovations sont à trouver pour apporter des financements complémentaires, sous forme de dons ou d'avances remboursables. La mobilisation des bénévoles nécessite également des moyens financiers pour les déplacements et la formation : c'est dans ce sens qu'est étudié le CIS.