afmNEWS 2018 #2 - Le dossier

Le dossier

DE L’ETHIQUE DANS LES ARTICLES !

Par Sonia Capelli (Professeur des Universités - IAE de Lyon, vice-présidente commission Communication) et Marie-Laure Gavard-Perret (Professeur des Universités – IAE Grenoble, vice-présidente commission Publications)

Qui ne s’est jamais posé la question d’ajouter ou pas un auteur sur son papier ? Qui ne s’est jamais demandé si finalement il fallait mieux ne pas parler de ce répondant qui répond vraiment n’importe comment ? Qui ne s’est jamais posé la question de reprendre son texte « un peu différemment » dans un autre support ? La vie du chercheur est pleine de questions, mais celle de sa propre éthique de travail est sûrement l’un des plus épineuses. Nous avons choisi d’aborder un sujet qui a soulevé bien des passions pendant plus d’un an au sein de l’afm : la réflexion de la commission « Ethique » de l’afm sur l’éthique de nos pratiques de recherche. Voici donc quelques réflexions sur les recommandations de cette commission qui présentent un consensus.

La chasse aux chercheurs et données fantômes

Les scandales de données truquées jettent l’opprobre sur tous les résultats scientifiques. Il est donc de la responsabilité du chercheur de mettre tout en œuvre pour que ses résultats soient honnêtes, originaux et fiables. Ainsi, la commission souligne que la production de fausses données ou de données partielles constituent une fraude, tout comme le fait de proposer de fausses analyses ou des stimuli modifiés. Dans ce cadre, les rédacteurs en chef de revues peuvent être amenés à demander aux auteurs leurs bases de données, stimuli expérimentaux, retranscriptions intégrales d’entretiens (…) pour éviter ce genre de comportements frauduleux de la part des auteurs. Le mot d’ordre pour les auteurs est donc la transparence, en indiquant par exemple les critères qui amènent à évincer tel ou tel répondant plutôt que de le cacher sous le tapis. Autrement dit, si le fait de supprimer des outliers n’est pas grave, c’est de le cacher qui vous fait dépasser les limites de l’éthique et devenir vous-même un chercheur outlier !

Dans ce cadre également, la commission « Ethique » de l’afm rappelle que les auteurs indiqués dans un article doivent avoir contribué de manière significative et effective au manuscrit. La nuance est dans ce que nous pouvons entendre par « de manière significative et effective »… Par exemple, la commission précise que le simple fait d’aider à collecter des données, sans autre contribution intellectuelle à la recherche, ne constitue pas un apport suffisant pour être co-auteur d’un article de recherche. Mais ceci peut faire l’objet d’un remerciement. Ainsi, si votre collègue accepte d’administrer votre questionnaire dans son cours de licence 1, c’est sympa de sa part mais ça ne fait pas de lui le co-auteur de l’article basé sur ces données ! En tout cas, il n’est jamais inutile de rappeler qu’indiquer le nom d’un collègue sur un travail auquel il n’a pas participé, même si c’est pour lui permettre d’avancer dans sa carrière, est une forme de fraude. N’oubliez pas également que vous détériorez votre propre travail avec de telles pratiques d’auteurs « fantômes ».

Est-ce que communiquer c’est plagier ?

Si la commission « Ethique » de l’afm rappelle les règles actuelles en matière de plagiat du travail d’autres chercheurs (il y a plagiat dès lors qu’un texte est reproduit sans guillemets et sans référence à l’auteur source et à la page concernée, sachant que, dans tous les cas, une citation ne devrait pas dépasser 10 lignes environ), elle apporte également un éclairage essentiel sur ce qui est considéré comme de l’auto-plagiat. En effet, en ce moment nous tremblons tous à l’idée de voir les foudres de la déontologie s’abattre sur nous dès lors qu’on reprend nos propres idées dans un chapitre d’ouvrage, dans un nouveau papier dans la continuité du précédent ou encore dans une de nos communications… Il faut communiquer avant de publier mais reprendre dans un article ce que nous avons déjà communiqué, est-ce plagier ?

La commission « Ethique » de l’afm répond donc assez clairement sur le fait que soumettre un article qui a préalablement fait l’objet d’une communication en congrès n’est pas plagier à la condition que la communication ne donne pas lieu à un texte de plus de cinq pages dans les actes du congrès (donc, au plus, un résumé long), que ces actes soient fournis en format papier, sur le web ou sur clef USB. Si votre communication fait l’objet d’un format étendu dans les actes (full paper), alors se posera la question de l’auto-plagiat et de la redondance de publication en cas de soumission en revue. A ce sujet d’ailleurs, la commission, en bureau de l’afm, a recommandé au congrès de l’afm et aux différentes journées organisées sous l’égide de l’association d’adopter un format encore plus court de publication dans les actes, à l’instar de ce qui se fait dans de nombreux congrès internationaux : deux pages maximum. Ouf ! N’ayez plus peur par conséquent de soumettre au congrès de l’afm et aux différentes journées thématiques de l’association : vous pourrez réutiliser vos productions pour les soumettre à des revues ! Mais attention, il n’en va pas de même pour d’autres congrès comme l’AIMS ou l’AGRH par exemple pour l’instant.

Et surtout, arrêtez la « fausse modestie » et citez vos propres travaux plutôt que de répéter la même chose que dans votre article précédent en ce qui concerne la méthode utilisée par exemple ! Une bonne citation de son propre travail vaut parfois mieux que des lignes de texte sans originalité qui vous obligeront à couper ce qui est vraiment nouveau compte-tenu des contraintes de plus en plus fortes en terme de format des articles dans les revues ! Dans la mesure où l’auteur cite la source et la page de ses propres travaux pour une portion de texte de moins de 10 lignes dûment mise entre guillemets, la commission considère qu’il n’y a pas auto-plagiat. Et, mieux encore, si ce texte est repris dans un de ses livres, une simple note de bas de page avec la référence suffit ! Attention cependant, l’auto-citation, lorsqu’elle n’est pas indispensable (elle l’est, par exemple, lorsqu’on doit justifier la contribution exacte d’un article soumis par rapport à une publication antérieure) est à éviter. De plus, l’auteur qui se cite doit absolument s’assurer des règles imposées en la matière par la revue ciblée afin de respecter la condition d’anonymat des auteurs.

Enfin, bien entendu, la commission « Ethique » de l’afm a aussi produit une grande liste de recommandations à l’attention des rédacteurs en chef des revues de l’afm ainsi que des relecteurs, sur le principe du « cela va sans dire, mais ça va mieux en le disant ». Donc n’hésitez pas à aller consulter l’intégralité des deux documents produits si vous avez un doute ou pour mieux comprendre comment se traduit l’éthique dans la pratique pour l’afm… et pour faire bouger les lignes puisque ces recommandations éthiques aux auteurs et ce code déontologique pour les revues ne sont que le reflet de débats qui agitent encore notre communauté.

 

Pour en savoir plus
Recommandations de l’afm aux auteur.e.s, en faveur d’une éthique de la recherche et d’une intégrité scientifique
https://www.afm-marketing.com/fr/content/ethique-des-auteurs-et-deontologie-des-revues
Code déontologique pour les revues de l’afm
https://www.afm-marketing.com/fr/content/ethique-des-auteurs-et-deontologie-des-revues